« Time is brain » : Quelle prise en charge pour l’AVC en Belgique ?
04-03-2026
Lors d’un accident vasculaire cérébral (AVC), chaque seconde compte ! Tel est le leitmotiv qui sous-tend l’objectif du nouveau rapport de l’Unité Audit des Hôpitaux consacré à la prise en charge des AVC ischémiques.
En une minute à peine, deux millions de cellules cérébrales meurent si elles ne sont pas oxygénées. Plus un AVC est traité rapidement, plus le patient a des chances de récupérer. Gérer cette urgence extrême repose sur un autre défi, celui de l’organisation des soins, depuis l’appel du patient pour des symptômes neurologiques jusqu’à la préparation de la sortie de l’hôpital. Lorsqu’un patient présente un AVC, il est donc crucial qu’il soit pris en charge à la fois rapidement, efficacement et par l’équipe la plus adéquate.
Voici les résultats de cet audit mené auprès de 96 hôpitaux : un meilleur recours aux traitements mais des efforts à faire pour garantir une prise en charge uniforme partout en Belgique.
Le rapport formule aussi 15 recommandations aux hôpitaux et des priorités aux pouvoirs publics.
Cet audit est une collaboration entre l’INAMI et le SPF Santé publique.
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En Belgique, environ 25.000 personnes sont touchées en moyenne chaque année par un AVC. Chez l’adulte, il est la principale cause de handicap moteur acquis et la seconde cause de troubles cognitifs sévères.
L’audit s’est concentré sur les AVC ischémiques qui représentent 80 % des personnes admises à l’hôpital à la suite d’un AVC. Ils découlent d’un caillot obstruant une artère irriguant le cerveau.
Le pronostic d’un AVC ischémique dépend fortement de la rapidité du diagnostic et, pour ça, de l’accès à l’imagerie cérébrale. Les premières heures à partir de l'apparition des symptômes sont déterminantes pour initier un traitement et limiter le risque d'invalidité et de mortalité. Au cours de cette phase dite « hyperaiguë », 2 traitements peuvent être proposés, seuls ou combinés : la thrombolyse et la thrombectomie.
Davantage de traitements initiés en phase hyperaiguë
L’audit met en évidence une amélioration du recours rapides aux traitements par thrombolyse et thrombectomie :
- La thrombolyse consiste à administrer un médicament par voie intraveineuse pour dissoudre le caillot.
Le taux de thrombolyses est passé de 17 % en 2021-2022 à 18,8 % en 2024, se rapprochant des meilleurs résultats observés en Europe (≥ 20 %).
- La thrombectomie consiste à extraire le caillot directement dans l’artère cérébrale touchée. Il s’agit d’un geste réalisé par un radiologue spécialisé et qui nécessite une infrastructure complexe associant une équipe multidisciplinaire (infirmiers, radiologue, anesthésiste, etc.), un plateau technique (salle d’angiographie) et une unité neurovasculaire de surveillance (stroke unit).
Le taux de thrombectomies est passé de 7,2 % en 2021-2022 à 9,5 % en 2024. Ce taux correspond aux meilleurs résultats observés en Europe (≥ 7,5 %).
Quelques chiffres complémentaires
- 91 % des patients arrivent par les urgences
- 89 % des patients ont accès à un examen d’imagerie cérébrale
- 94 hôpitaux réalisent des thrombolyses et, parmi ceux-ci, 20 hôpitaux réalisent des thrombectomies
- 54,3 % des patients traités par thrombectomie dans un centre spécialisé avaient été transférés depuis un autre hôpital (qui ne comprenait pas l’infrastructure nécessaire).
Des marges de progression pour garantir une prise en charge plus uniforme
En revanche, l’audit pointe aussi plusieurs disparités entre hôpitaux sur plusieurs aspects :
- Des différences entre hôpitaux fortement marquées dans le taux de pratique tant des examens d’imagerie cérébrale que des traitements par thrombolyse
- Des différences pour les taux de thrombectomies entre hôpitaux spécialisés
- Des différences régionales plutôt faibles, à l’exception de la pratique de la thrombolyse intraveineuse (18,9 % en Région flamande, 16,8 % en Région bruxelloise, 13,4 % en Région wallonne).
- Au niveau de la rapidité de la prise en charge, les délais critiques pour accéder à une imagerie cérébrale, à une thrombolyse ou à une thrombectomie restent variables et perfectibles pour certains hôpitaux.
- Les indicateurs de prise en charge ne sont pas enregistrés de manière systématique dans tous les hôpitaux, sont mis à disposition du public de manière inégale selon les régions et ne sont pas analysés au niveau national, rendant la comparaison entre hôpitaux difficile.
- Selon l’hôpital dans lequel il est admis, le patient ne dispose pas non plus des mêmes chances de traitement au-delà de 4,5 heures clés après l’apparition des premiers symptômes neurologiques.
Des marges de progression subsistent donc pour garantir une prise en charge optimale et équitable. Des différences entre hôpitaux sont relevées à plusieurs niveaux : dans l’organisation du parcours de soins, la disponibilité des protocoles, l’application des recommandations scientifiques, le respect des normes d’agrément pour les programmes de soins de l’AVC, la permanence d’un neurologue et le recours à un examen technique spécifique.
La nécessité d’améliorer l’enregistrement des données au niveau national
La Belgique affiche de bons résultats en matière de traitements par thrombolyse et thrombectomie par rapport aux recommandations européennes. Des progrès restent nécessaires pour enregistrer les 22 indicateurs clés définis par l'Europe pour mesurer la qualité des soins : notre pays n’a pu fournir des données que pour moins de la moitié d’entre eux en 2023, faute d’enregistrements formalisés au niveau national.
L’audit met en évidence des lacunes dans l’organisation de la chaîne de soins au niveau national et un manque de suivi systématique d’indicateurs importants, notamment les délais critiques d’intervention ou encore la proportion de patients ayant séjourné en « stroke unit » ou bénéficiant d’un plan de revalidation et de suivi.
Ces constats mettent en lumière la nécessité urgente d’une harmonisation nationale et d’un suivi systématique des performances pour garantir à tous les patients un accès équitable à des soins de haute qualité.
Un rapport d’audit qui s’inscrit dans la continuité des recommandations du KCE et de la politique du ministre des Affaires sociales et de la Santé publique
L’audit dresse un état des lieux détaillé de la prise en charge de l’AVC ischémique dans les hôpitaux belges, en s’appuyant sur des données nationales (2021-2022) et les réponses aux questionnaires en ligne envoyés aux 96 hôpitaux concernés en 2025.
Ce rapport confirme que les recommandations du KCE en 2012 n’ont été appliquées que de manière parcellaire et qu’il faut poursuivre l’amélioration de la structuration des filières, notamment pour définir les critères d’agrément pour le programme de soins spécialisé de l’AVC. Un projet de réglementation à ce sujet est actuellement en discussion à l'initiative du ministre des Affaires sociales et de la Santé publique.
L’amélioration de l’étape préhospitalière (reconnaissance des symptômes et système de pré-notification), l’organisation des transferts entre hôpitaux et l’impact du temps de trajet sur l’accès aux traitements hyperaigus sont identifiés comme des enjeux majeurs, tout comme la nécessité d’harmoniser les pratiques et de mieux sensibiliser le public et les professionnels à la reconnaissance des symptômes de l’AVC. Un modèle théorique a été développé pour estimer les temps de trajet vers les hôpitaux.
Des recommandations aux hôpitaux et des priorités pour les pouvoirs publics
Au-delà des constats, l’audit formule aussi des recommandations pour améliorer la qualité, l’efficacité et l’efficience des soins. Quinze recommandations ont été formulées aux hôpitaux. Voici quelques exemples prioritaires :
- Assurer une permanence des équipes soignantes afin que les traitements soient assurés 24h sur 24.
- Elaborer des directives permettant des traitements adaptés et l’évaluation du patient (gravité des symptômes neurologiques, troubles de la déglutition, suivi de l’autonomie), et ce quel que soit l’hôpital d’admission
- Mettre en œuvre une concertation avec les proches afin de préparer la sortie du patient
- Enregistrer et monitorer certains indicateurs afin de mettre en place une amélioration continue à l’aide d’un plan d’action.
Pour les pouvoirs publics, l’audit AVC identifie des priorités, à coordonner au niveau national ou régional :
- Améliorer l’organisation du trajet des patients avant l’arrivée à l’hôpital (reconnaitre les symptômes, avertir l’hôpital qu’un patient est en route, etc.) et lors des transferts entre hôpitaux
- Développer un set d’indicateurs et une politique de publication de ces indicateurs.
Le rapport d’audit AVC complet sur est disponible sur le site web de l’INAMI
Facteurs de risques : défi et opportunité
Toutefois, il est important de noter que l’AVC est largement évitable. En effet, les facteurs de risque sont modifiables. Les plus importants sont l'hypertension, l'hypercholestérolémie, les maladies cardiaques, le diabète, l'obésité et le tabagisme. Ceci représente à la fois un défi de santé publique et une opportunité d’intervention pour limiter le nombre d’AVC au sein de la population belge dans le cadre de la prévention des facteurs de risques cardio-vasculaires.