Prescription d’antibiotiques : Un premier bilan encourageant un an après la publication des indicateurs de bonne pratique
11-03-2026
Lutter contre la résistance aux antimicrobiens est plus que jamais un enjeu majeur de santé publique, qui implique notamment de prescrire moins et de prescrire autrement. Pour soutenir les médecins généralistes dans une prescription appropriée des antibiotiques, 3 indicateurs de bonnes pratiques médicales ont été publiés en 2023. Parmi d’autres mesures, ces indicateurs visent clairement à réduire les prescriptions jugées superflues.
Après une première année « avec indicateurs », les analyses montrent une diminution du nombre de prescriptions d’antibiotiques. Même si l’impact sur le choix du type d’antibiotiques prescrits reste quant à lui encore limité, l’INAMI estime que la tendance observée constitue un signal encourageant du terrain qu’il est important de maintenir et de consolider.
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L’INAMI a voulu mesurer l’impact des 3 indicateurs de prescription établis au sein du Conseil National de Promotion de la Qualité (CNPQ). Cette analyse a porté sur la délivrance d’antibiotiques remboursés par l’assurance soins de santé au cours de la période 2021-2025. Elle s’est bien entendu focalisée sur les 3 indicateurs de bonnes pratiques médicales mis en œuvre en 2023 :
- Un indicateur quantitatif portant sur le volume de prescription
- Deux indicateurs qualitatifs portant sur le type d’antibiotiques prescrits.
Premiers résultats un an après la publication des indicateurs antibiotiques
L’indicateur quantitatif tendait clairement à réduire les prescriptions inutiles, notamment lorsque des antibiotiques sont prescrits pour des affections qui n’y répondent pas. Concrètement, il visait une diminution de 40 % du nombre de prescriptions d'antibiotiques faites par les médecins généralistes.
- Entre les périodes 2023-2024 et 2024-2025, on relève une diminution de 14 % du nombre de patients s’étant vu prescrire des antibiotiques, mais aussi du volume total d’antibiotiques délivrés.
- En 2024, les médecins généralistes sont plus nombreux à respecter les seuils de l’indicateur quantitatif : 46 % d’entre eux respectent ces seuils lors de prescriptions destinées à un enfant, 43% pour des prescriptions destinées à un adulte. Ils étaient respectivement 39 % et 38 % en 2023.
Les deux indicateurs qualitatifs tendaient eux à faire baisser le nombre de prescriptions d’antibiotiques dits de deuxième ligne, réservés à des situations spécifiques (par ex. en cas d’allergie à la pénicilline). Ces derniers restent aujourd'hui trop souvent prescrits au détriment des antibiotiques de première ligne pourtant recommandés.
- En 2024, seuls 16 % des médecins prescripteurs atteignent le pourcentage minimum d’amoxicilline ‘pure’ prescrites (antibiotiques de première ligne). Et 11% seulement ne dépassent pas le pourcentage maximum de prescription d’antibiotiques de deuxième ligne.
L’INAMI constate que les résultats vont donc dans le bon sens, et que la mise en place des indicateurs et des actions de sensibilisation a favorisé une dynamique positive qu’il est important de maintenir et de consolider. Toutefois, ses experts restent prudents : de nombreux facteurs peuvent avoir influencé les résultats observés, ce qui ne permet pas de mesurer précisément la contribution des indicateurs sur le comportement de prescription. Ils permettent toutefois à l’INAMI de suivre le comportement de prescription, tant au niveau global qu’au niveau individuel, ainsi que l’évolution par rapport aux objectifs fixés.
Premiers résultats un an après la publication des indicateurs pour une prescription efficace des antibiotiques : le rapport est disponible dans son intégralité sur le site web de l’INAMI.
Des éléments importants d’une mobilisation plus large contre la résistance aux antimicrobiens
L’introduction d’indicateurs scientifiquement fondés pour la prescription est un des leviers pour lutter contre l’usage superflu d’antibiotiques. Ces cadres de bonnes pratiques s’inscrivent dans un ensemble plus large de mesures visant à promouvoir une utilisation appropriée des antibiotiques, développées au sein de l’INAMI et d’autres organisations de santé :
- L’outil PSS Antimicrobiens, la plateforme d’aide à la prescription d’antibiotiques pour aider les prescripteurs à choisir le traitement le plus approprié.
- Le doublement des points d'accréditation pour les médecins généralistes participant aux réunions de GLEM consacrées à la qualité en matière d'antibiotiques.
- Le Baromètre Antibiotiques dans le cadre du Dossier Médical Informatisé des patients et de la prime de pratique pour les médecins généralistes.
- Les initiatives du Plan d’action national de lutte contre la résistance aux antimicrobiens.
- La délivrance des antibiotiques à l’unité qui sera introduite dans les prochains mois.
- Etc.
Les indicateurs et les autres moyens de lutte contre la consommation inappropriée d’antibiotiques s’inscrivent pleinement dans la stratégie « appropriate care » de l’INAMI, à savoir le soin approprié, au bon endroit selon la situation médicale du patient, et à un prix correct. Non seulement ils permettent de réaliser des gains d'efficience pour l'assurance soins de santé (les remboursements INAMI d’antibiotiques en pharmacies publiques s’élevaient à près de 67 millions d’euros en 2024), mais ils réduisent aussi le coût pour les dépenses des patients, sont bénéfiques pour l'environnement et répondent surtout à un objectif de santé publique qui n’est plus à démontrer.
Feedbacks individuels bientôt disponibles
Un des avantages de ces 3 indicateurs est de pouvoir mettre à disposition de chaque médecin généraliste un rapport individuel comparatif portant sur son comportement de prescription. Il lui donne ainsi la possibilité de se situer par rapport aux indicateurs et à ses confrères, et d’encourager une réflexion personnelle et/ou collective.
Ces feedbacks individuels seront disponibles endéans le mois via le compte de chaque médecin généraliste sur le portail sécurisé Prosanté.
Par la suite, ces feedbacks seront générés automatiquement et mis à disposition chaque année, sur base des données les plus récentes.
Des indicateurs pour des soins pertinents
Les indicateurs visent à augmenter la qualité, l’efficacité et la pertinence des soins aux patients, en réduisant les risques pour la santé et le caractère inutilement coûteux ou superflu de certains d’entre eux.
Il s’agit d’instruments permettant de mesurer certaines déviations évidentes des bonnes pratiques médicales. Les indicateurs reprennent pour ça des seuils univoques qui permettent aux dispensateurs de soins de confronter objectivement leur pratique en matière de prescription à une pratique scientifiquement et médicalement reconnue comme appropriée, et de l'ajuster si nécessaire.
Ces indicateurs sont développés sur des bases scientifiques par une concertation et un accord au sein du CNPQ, qui se compose entre autres de médecins généralistes et spécialistes, de médecins représentants les universités, d’organisations scientifiques médicales et des organismes assureurs.
Ce monitoring régulier vise avant tout à soutenir les médecins dans l’amélioration continue de leurs pratiques. Lorsque certains profils de prescription s’écartent de manière importante des indicateurs, un dialogue peut permettre au médecin d’apporter les éléments de contexte nécessaire. Le cas échéant, ce processus peut aussi conduire à des mesures correctrices appropriées, conformément aux missions de l’INAMI.
Un indicateur ne limite en aucun cas la réalisation d’une prestation nécessaire. Tout patient qui nécessite des soins qui se justifient pourra toujours en bénéficier.