Médicaments : Davantage d’innovations et d’indications. Quel coût pour l’INAMI en 2024 ?
13-01-2026
L’INAMI présentait ce 12 janvier 2026 le nouveau rapport MORSE (Monitoring Of Reimbursement Significant Expenses) au Comité de l’Assurance. Ce rapport partage de façon transparente les coûts pour l’assurance soins de santé liés au remboursement de médicaments et prestations pharmaceutiques jusqu’en 2024 inclus, y compris pour les médicaments « sous contrat ».
2024 confirme une tendance structurelle : l’innovation rapide, l’élargissement des indications et l’intensification des traitements déplacent le centre de gravité des coûts vers le secteur hospitalier et vers quelques classes de médicaments à fort impact budgétaire.
Les conventions ou « contrats » (art. 81/111) conclues avec les entreprises pharmaceutiques permettent de maîtriser partiellement les dépenses nettes. Mais la concentration des dépenses sur quelques classes de médicaments à forte innovation posent un défi réel et majeur en termes de soutenabilité financière et de pression budgétaire. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous avons établi un cadre pluriannuel avec le secteur pharmaceutique en 2025, dans lequel la part des dépenses en médicaments est limitée à 17,3 % des dépenses totales en soins de santé. Améliorer l'efficacité de la prescription et de l'utilisation des médicaments sera aussi une priorité pour les années à venir.
Sur cette page :
Pedro Facon, Administrateur général de l’INAMI :
« Le rapport annuel MORSE a été présenté lundi au Comité de l'assurances, où les professionnels de santé, les mutualités et l'industrie pharmaceutique ont pu prendre connaissance des dernières évolutions. Ce rapport s'inscrit dans le rôle de préparation et d'évaluation des politiques que l'INAMI souhaite jouer, en valorisant les données et les connaissances dont il dispose. Le rapport MORSE est apprécié par tous les acteurs, car il constitue une base solide pour suivre et optimiser le remboursement des médicaments. »
Une augmentation particulièrement marquée dans le secteur hospitalier
En 2024, les dépenses enregistrées pour les médicaments représentaient 17,3 % des dépenses totales du budget des soins de santé. Elles représentaient 17,4 % en 2023, 16,6 % en 2022, 16,7 % en 2021 et 17,2 % en 2020.
En 2024, les dépenses brutes de l’INAMI ont atteint 7,9 milliards d’euros, soit une augmentation de 9,6 % par rapport à 2023. Après reversements et les différentes contributions des entreprises pharmaceutiques à l'assurance soins de santé selon un mécanisme de compensation dans le cadre des médicaments sous « contrat », les dépenses nettes s’élevaient à 5,6 milliards d’euros, soit une augmentation de 6,6 % par rapport à l’année précédente.
Cette augmentation des dépenses est tout particulièrement marquée dans le secteur hospitalier, qui concentre 54,7 % des dépenses brutes, notamment en raison des médicaments sous convention. Ceci vient confirmer la tendances relevée ces dernières années.
Les autres prestations pharmaceutiques (nutrition médicale, trajets de soins diabète, honoraire du pharmacien de référence, préparations magistrales, vaccination, etc.) ont représenté 258 millions d’euros (+6,7 %).
Une augmentation des coûts surtout à charge de l’Assurance soins de santé
En pharmacies publiques, 8,8 millions de patients ont eu recours à des spécialités (+0,6 %). La dépense moyenne à charge du patient a augmenté de 2,1 euros de 2023 à 2024.
Entre 2019 et 2024, la part du coût des médicaments remboursés restant à charge des patients a augmenté de 10 %, tandis que les dépenses brutes et nettes de l’INAMI augmentaient respectivement de 51 % et 32 %. La part relative à charge des patients a donc diminué, grâce notamment aux mécanismes de protection des patients que sont le plafonnement des tickets modérateurs et le « maximum à facturer », mais aussi en raison du déplacement des dépenses vers le secteur hospitalier où les tickets modérateurs des médicaments sont globalement inférieurs qu’en pharmacies publiques.
15 classes de médicaments à fort impact budgétaire
Les coûts pour l’INAMI sont fortement concentrés : 15 classes de médicaments sur 164 représentent 68 % du coût total. L’essentiel des évolutions significatives s’expliquent par les fluctuations de prix, l’élargissement des indications, l’innovation et l’augmentation des volumes délivrés.
- Les anticorps monoclonaux et conjugués : 1,3 milliard d’euros (+8,6 %) tiré par l’extension d’indications et l’utilisation plus massive de molécules de nouvelle génération généralement plus chères.
- Les inhibiteurs de protéine kinase : 510 millions d’euros, un coût en légère baisse (-1 %) mais des volumes qui ont augmenté en raison de nouvelles indications.
- Les antidiabétiques (hors insuline) : 275 millions d’euros (+16,5 %). Les coûts ont triplé en 10 ans, portés par l’augmentation du nombre de patients, des dérives d’une utilisation dans des indications pourtant non remboursables (perte de poids) et par l’utilisation plus massive des analogues du GLP-1 et des gliflozines (inhibiteurs du SGLT2). Des actions de sensibilisation et un meilleur encadrement des conditions de remboursement ont depuis lors été mis en place pour lutter contre ces dérives liées au remboursement hors indication.
- Les hypolipémiants : en forte croissance depuis 2022, due aux PCSK9-inhibiteurs, à l’inclisiran et aux schémas combinaisons chez les patients à haut risque cardiovasculaire.
- Parmi les autres classes de médicaments en essor, on trouve les immunoglobulines, les antimigraineux anti CGRP, les médicaments liés à la dermatologie innovante ou au système nerveux, souvent sous convention avec remboursement temporaire.
- Les immunosuppresseurs : même si leur croissance en 2024 est limitée, ils restent le 1er poste en termes de coûts bruts en pharmacies publiques et le 2e si on envisage les deux secteurs (près d’1 milliard d’euros).
Médicaments sous « contrat » : les avantages et les limites
Pour les médicaments dont la valeur ajoutée et/ou l'impact budgétaire sont jugés encore trop incertains, des conventions peuvent être conclues sur base de négociations avec l'entreprise pharmaceutique. Ces conventions permettent de maîtriser partiellement les dépenses nettes. Néanmoins, leur poids croissant pose un défi réel et majeur en termes de soutenabilité.
- En 2024, 189 conventions couvrant 149 molécules étaient en vigueur, dont 38 nouvelles conventions. Par rapport à 2023, ceci représente une augmentation de 16 % du nombre de conventions et de 10 % du nombre de molécules.
- En 2024, environ 77% des négociations ont abouti à une convention.
- Sur la période 2015 2024, le taux cumulé de reversement par les entreprises pharmaceutiques était de 45,4 %.
- De 2015 à 2023, le coût net moyen pour l’INAMI d’une convention est passé de 6,9 millions d’euros à 8,2 millions d’euros.
- La majorité des conventions conclues concernent des médicaments utilisés en oncologie (environ 60 %).
La charge de travail de la Commission de remboursement des médicaments : en augmentation, elle aussi
En 2024, la Commission de Remboursement des Médicaments de l’INAMI (CRM) a traité 532 dossiers uniques, soit 23 % de plus que l’année précédente. Une part de plus en plus importante de ces demandes concernaient des modifications aux conditions de remboursement.
- Dans près de 67 % des demandes, la CRM a rendu un avis positif et adressé une proposition au ministre.
- Dans près de 18 % des demandes, la CRM a proposé de négocier une « convention ».
- Dans près de 14 % des demandes, la CRM a formulé un avis négatif.
- Dans 1,7 % des demandes, la CRM n’a formulé pas de proposition.
Le ministre des Affaires sociales et de la Santé publique a suivi l’avis de la CRM dans 89 % des cas (dans 99 % des cas lorsque l’avis était positif).
Le rapport MORSE 2024 est disponible sur notre site web
Le Rapport MORSE
Le rapport MORSE (Monitoring Of Reimbursement Significant Expenses) analyse en profondeur l'évolution du coût des médicaments et autres soins pharmaceutiques pour l’assurance soins de santé, sur la base des données les plus récentes. Il analyse aussi les conventions pour le remboursement des médicaments innovants conclues avec les entreprises pharmaceutiques.
Il représente un instrument socialement important. Comme base pour évaluer et améliorer les politiques de remboursement des médicaments, il soutient bien entendu les gestionnaires du budget dans le suivi des dépenses et dans la conduite de la politique des médicaments en général. Mais ce rapport permet aussi de nourrir le débat sur les dépenses en matière de médicaments, à la fois avec les partenaires de concertation, au niveau politique et avec l'ensemble de la société.
Les informations qu’il partage vise à renforcer la communication et la transparence des données, y compris en ce qui concerne les médicaments sous « contrats ».
Contacts
Section Politique pharmaceutique
E-mail: secr-farbel@riziv-inami.fgov.be